30/09/2004

FASCINANTE LHASA

la dialectique de la lumière
Je ne la connaissais pas. Elle est arrivée  tout simplement sur la scène, avec son orchestre: pas de retard, pas de caprice de diva
Elle s'est enracinée comme une fleur dans un champ, guidée par le vent de ses émotions : elle n'essaie pas d'être, elle est!
Elle chante de sa  voix rauque qui jaillit du tréfonds de son bide, comme s'arrache un nouveau né
Elle accroche le public à son cordon ombilical .Tantôt lancinante et douce, tantôt fulgurante et forte, profonde et suave
Elle est d'ailleurs: d'on ne sait où, quelque part entre Mexique, France et Canada, elle est d'on ne sait quel exode qui lui donne des couleurs d'arc en ciel
Entre les chansons, elle parle d'une voix de chat écorché comme si elle retenait sa respiration : présence hallucinante , dépouillée et brillante comme une lame de couteau
Les violoncelles pleurent dans un halo de lumière rouge, elle chante le désert de l'amour, ce point de non retour où plus rien n'est possible même si l'on s'aime encore
Elle vous emporte sous des cieux d'acier sur des routes désertes , dans des paysages de fin du monde ou de début d'année, dans un monde d'apocalypse et de renaissance comme sa vie
 Les musiques sont métissées du tzigane au jazz teinté de mariachis : le tout dans un cocktail extrêmement personnel et puissant
La gestuelle est juste, fine , précise et dénuée  de fioritures
rien ne vient alourdir l'envoûtement
simplement à un moment du concert, Lhasa tape sur un tambour comme pour décharger son trop plein de rage de vivre
Le goût de la vie et l'odeur de la mort sont partout dans ce spectacle sublime
Déracinements , terres brûlées . Lhasa, toûchante et belle parle de sa famille avec respect,  amour  comme on parle d'une étoile de guidance dans des chemins sinueux,d' une échelle de Jacob entre la source de lumière et son lieu de réception.
Lhasa laisse rejaillir sur nous un peu de cette lumière céleste
 

16:58 Écrit par suzy | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Lhasa - 16 mars 2004 (on y retourne en Octobre!!!) Pas plus haute qu'un moine tibétain mais plus impressionnante que l'Himalaya, elle fixe le monde qui la regarde et l'applaudit.
Elle résonne comme une Oum Kalsoum qui aurait mangé de l'Amalia Rodriguez. Elle a le visage angélique du diable avant l'assaut. Lhasa tinte au creux des murs de quelques chambres ce soir. Cette nuit, certains couples feront de " l'amour toujours " sur certains de ses accords parfaits.

Quand " il desierto " fait place dans nos vies, quand on se perd pour aimer, quand on écoute pour comprendre, quand on aime pour rien, quand on dit oui pour parler vrai, quand on dit non pour mieux partir, quand on vit pour ne pas mourir... elle chante chaque minute de notre existence.
Les mixtures de son histoire familiale, de Marseille à Mexico, de Québec à Grozny, elle raconte ce qu'on lui a raconté et ce qu'on a raconté à ses racines auparavant. Elle traîne madras, fils d'Ariane et moulins à prière derrière elle alors ses musiciens jouent avec ces porte-bonheur pour qu'elles ne les perdent pas.

Elle aspire et elle crache, dragon et chaton, elle raie l'oxygène, raille l'espace du silence et fait encore mine de ne pas être là. Elle apparaît en vert, en rouge et en bleu comme dans les rêves d'enfant, ceux dont on dit qu'ils ne grandissent jamais. Elle est la veilleuse au creux de la nuit qui fait oublier les monstres des placards, elle est un tout petit point d'orgue sur des portées d'infinie mélancolie.

Lhasa, petite et grande, farouche et apprivoisée, langoureuse et immobile, elle culpabilise par habitude mais amuse sans lassitude. Lhasa est une mélodie que vous chantonnez en regardant dehors, elle a déjà conquis l'intérieur de votre mémoire et s'installe discrètement sans s'asseoir. Elle reste debout pour vous affronter, vous observer, vous donner juste une note de sa musique que vous connaissez déjà. Les notes sont communes. Les sons sont familiers et pourtant, vous n'avez jamais rien entendu de tel.

Lhasa balance deux bras blancs sur un tambour, une baguette et le rythme cingle les vents qui soufflent sur la petite robe noire. Chacun de nous est seul face à elle. Chacun de nous a mal quand elle souffre, chacun de nous aime quand elle offre. Elle parle autant d'amours ratées que de vies réussies, elle croit autant dans les idées de son père que dans le mouvement perpétuel du métronome, elle est une tectonique des plaques, elle est un geyser d'émotions, elle revient trois fois et c'est la première fois à chaque fois. Lhasa a ému environ 478 personnes ce soir, et moi, et moi, et moi...
et toi, et toi, et toi...

Écrit par : Milady Renoir | 01/10/2004

Comment faire? Au mieux.

Écrit par : Julie-tte | 01/10/2004

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