26/10/2004

pastiche morgiève VERNIS ECAILLE

avec sa peau, avec sa peau, avec ses mains vieillissantes, avec ses seins mutilés
avec ses seins, ses cuisses lourdes qu'elle regarde, son pubis blanchissant qu'elle regarde, ce pli là qui s'est formé sur son ventre à jamais lordosé, avec ses cicatrices qu'elle sent, celle qui longe son nichon gauche comme un chemin de terre sinueux sans issue, avec cette autre là qui tire le long de ses vertèbres comme une corde bien trop courte, avec ses cicatrices qu'elle sent irrémédiablement
avec son corps sur les draps, sous la couette,  la tête enfouie sous les oreillers dedans, dehors, dehors la pluie, le crissement du vent dans les branches des arbres
avec son corps, son allocation handicapée, avec son corps lezardé  et ses yeux maquillés comme des papillons de nuit : papillons des tombeaux
 
avec sa bouche ronde et rouge, elle fait la moue, quand elle fait la moue elle aime, avec sa bouche
avec son corps et la ville cruelle autour si cruelle si hostile
la ville escaliers et trottoirs trop hauts, tortures au quotidien, avec son corps troué
avec son corps torturé mutilé, avec son corps honteux
elle le voudrait corps de désir, mais à quoi bon?
avec son corps, ses problèmes de survie dedans-dehors
avec son corps, ses doigts qui la calment dedans-dehors dans ce combat solitaire et le monde tout autour
avec son corps, froid de plus en plus et le monde tout autour
avec son corps douloureux de plus en plus et l'hiver lancinant
avec son vertige imprimé dans le vertige du monde
avec ses oscillements d'équilibriste
avec ses mains vieillissantes qu'elle voudrait manucurées
avec ses mains et son vernis qui s'écaille

20:08 Écrit par suzy | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

08/10/2004

un petit texte de Moreau, pour les amateurs

Il faut voir ces mots, pour y croire. Il faut les voir en moi se secouer sans cesse, se gratter, se terrer, ressurgir, se retourner traqués, se méfier les uns des autres. Ils se secouent comme s’ils voulaient se débarrasser d’avance d’un cliché, d’un lieu commun, d’un manquement à la mobilité divine et à la vérité remuante.

Mes mots veulent être une fête. Mais une fête douloureuse, saignante, sans pitié pour mes fatigues, sans clémence pour mes sommeils.

 

Marcel Moreau





14:47 Écrit par suzy | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

05/10/2004

rojo carmin

Les Carmen carminées glissent leur mantille sur le chemin des arènes, les coeurs palpitent au son des éventails..
Ca sent le jasmin  et la terre mêlée de teinture d'iode, la terre.
Paquirri va toréer cet après-midi et tout le barrio en sue d'émotion : sol y sombra-ombre et lumière
Corrida lumière sanglante et sans merci, Corrida ombre des femmes en prière, agenouillées
Les coussins vont pleuvoir sur le sol dans une clameur montante après la faena
Paquirri dansera gainé de rose et d'ambre, Paquirri s'arqueboutera, Paquirri lèvera la tête fièrement en marchant devant le taureau
Eros et Thanatos vont entamer un macabre pas de deux, rouge sangria
La muleta  va tranpercer la moelle épiniere du taureau dans une acclamation hémorragique de la foule
Le vent criera : Muerte!
Les banderilles ensanglantées murmureront en berne, Muerte!
Les banderilles jaune et rouge pendront sur le cuir noir et brillant maculé de carmin
Le taureau vacillera, s'arrêtera , fera face à Paquirri puis tombera comme une masse, noire.
Sciure, sable rougi, colosse à terre, adrenaline et parfum de phéromones
Tu es beau Paquirri et puissant comme la mort
Toutes les femmes ont reçu l'estocade
Caballero de la sombra
Caballero de la luz
et résonne le paso doble

09:12 Écrit par suzy | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

04/10/2004

FRIDA


Pourquoi veux tu vraiment me faire aimer mon corps
et toutes ses galères
il a trompé la mort
faut il que j'en sois fière?

C'est un sac de coutures
un roman d'aventures

Lorsque la nuit tombe
emportant avec elle, la lumière, glacée
j'aime les catacombes
et je veux m'y cacher

tu voudrais voir mes lombes
et mon sein couturé ?

Je trouve mon abri
dedans les couvertures
me montrer serait gris
tracasserait la luxure

Prends ma bouche, prends mes yeux
et remplis en ton âme
mon corps calamiteux
brûle le à ta flamme

Il se réchauffera à ce tendre bûcher
il est déjà chimère
mille fois rapiécée

Il a tant fait de guerres
qu'il en est épuisé
c'est un brave soldat
bardé de ses médailles
frère jumeau de Frida
et bon pour la ferraille


Il n'a plus à offrir à l'amour sublime
qu'une pauvre mascarade, une triste pantomime

Si ses blessures
rassurent
lui ne s'en remet pas
on a mis de bromure
au creux de ses ébats

et pourtant, toi , tu l'aimes
non content que je l'ouvre
tu voudrais encore même
qu'à toi, je le découvre

respecte donc mes peurs
mes peines, mes humeurs
ce corps là n'est plus rien, qu'un reliquat de pleurs

11:35 Écrit par suzy | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

SHARONFAT

Les cieux de la palmeraie s'embrasaient sous le vent de septembre
le chergui s'époumonait dans les traverses , laissant des rainures dans le sable rouge.

Des millions de djinns se faufilaient entre les arbres, grouillement invisible
mais terriblement présent



Agadir venait de tomber en poudre
sous un tremblement de terre
magnitude 7

Les corbeaux survolaient la ville
et les prédateurs décrivaient des cercles lents dans les cieux endeuillés




Les extraordinaires jardins de Mogador se faisaient l'écho de la mémoire
judéo arabe partagée: cuisine, poésie, littérature, musique tout leur était commun, tout

Un djnoun malfaisant du nom de Sharonfat decida de mettre fin à l'entente cordiale de ces deux peuples

il fit une danse macabre dans la palmeraie
Elle fit trembler les terres, jusqu' en Agadir
qui se fissura de honte

Le djnoun Sharonfat continua sa danse dans les jardins d'orangers, dans les patio où il couvrit jusqu'au murmure de l'eau

il s'insinua dans les coeurs et y insuffla de la haine

On raconte à Marrakesch que les soirs de chergui, quelques pacifistes écoeurés cherchent en vain le djnoun pour lui tordre le cou



11:28 Écrit par suzy | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

02/10/2004

mon antre


mon antre,
accrochée entre terre et ciel
mon antre,
écran géant sur les toits de Bruxelles
mon antre,
aux soirs de douce folie
tu sens l'herbe, l'amour ou la mélancolie
mon antre,
entrelac de mains, de regards et de pas
mon antre,
comme une barge
pour ceux qui sont en marge
et veulent prendre le large
toutes voiles bordées
mon antre,
où les amours se plaisent à déborder
mon antre,
enveloppante comme une mère sicilienne
mon antre,
où l'on sort et l'on entre
au gré de tous les vents
mon antre,
consolatrice comme une corne d'abondance
thé à la menthe au miel , fleur d'oranger, encens
mon antre,
tout en lumière
au coeur de nos pénombres.
 

16:47 Écrit par suzy | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Delit de faciès


Vingt ans, je débarque dans notre Bruxelles, typée en diable, le regard charbonneux et les cheveux noir corbeau...
En ce temps là, Bruxelles n'était pas encore métissée comme aujourd'hui ... Les quelques maghrébins qui y vivaient étaient chauffeurs de tram ou employés du batiment.
Je déambulais dans les rues en sentant sur moi les regards:  vous-vous-n'êtes-pas-d'ici, alors j'essayais "de la jouer profil bas" et j'évitais soigneusement de parler de mes origines, un passeport qui se feuillette à l'envers, c'est suspect!
 Première étape vers l'intégration, le coiffeur , les mèches blondes, mais il reste le regard, le regard qui trahit,  bien cacheté oriental et à celà il n'y a rien à faire!
 
Un jour, j'allais de ma campagne à l'avenue louise, tranquillement assise dans le tram. C'était pendant l'heure de pointe. 
      
Dans la cohue, on jouait des coudes et une vieille dame revêche, à qui le chauffeur marocain demandait gentiment de ne pas bousculer,  a eu cette
reflection xenophobe et stupide (un pléonasme me direz vous) :
"vous; retournez conduire vos chameaux, on n'a pas besoin d'étranger ici!"
le wattman (comme on les appelait alors) eut cette réponse savoureuse et immédiate :
"mais, ma bonne dame, c'est exactement ce que je fais!"
grand éclat de rire , xenophes peut être, mais pas dénués d'humour

16:40 Écrit par suzy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |