31/03/2006

L S SENGHOR VU PAR L EUROPE HIER SOIR

  Seigneur Dieu, pardonne à l'Europe blanche ! » écrit-il dans une page magnifique, aux traits parfois violents.

     « Seigneur, pardonne à ceux qui ont fait des Askia des maquisards, de mes princes des adjudants.

     De mes domestiques des boys et de mes paysans des salariés, de mon peuple un peuple de prolétaires.

     Car il faut bien que Tu pardonnes à ceux qui ont donné la chasse à mes enfants comme à des éléphants sauvages.

      Et ils les ont dressés à coups de chicotte, et ils ont fait d'eux les mains noires de ceux dont les mains étaient blanches.

      Car il faut bien que Tu oublies ceux qui ont exporté dix millions de mes fils dans les maladreries de leurs navires.

     Qui en ont supprimé deux cents millions.

     Et ils m'ont fait une vieillesse solitaire parmi la forêt de mes nuits et la savane de mes jours.

     Seigneur, la glace de mes yeux s'embue

     et voilà que le serpent de la haine lève la tête dans mon cœur, ce serpent que j'avais cru mort...

     Tue-le Seigneur, car il me faut poursuivre mon chemin, et je veux prier singulièrement pour la France.

     Seigneur, parmi les nations blanches, place la France à la droite du Père.

     

     Ô bénis ce peuple, Seigneur, qui cherche son propre visage sous le masque et a peine à le reconnaître.

     

     Et (bénis) avec lui tous les peuples d'Europe, tous les peuples d'Asie, tous les peuples d'Afrique et tous les peuples d'Amérique

     Qui suent sang et souffrances. Et au milieu de ces millions de vagues, vois les têtes houleuses de mon peuple.

     Et donne à leurs mains chaudes qu'elles enlacent la terre d'une ceinture de mains fraternelles

     DESSOUS L'ARC-EN-CIEL DE TA PAIX. »

     l ne se contente pas d'évoquer et ces douleurs et ce pardon. Il lit dans l'épreuve de l'Afrique non pas une souffrance inutile, vide de sens qui ne peut appeler que la révolte. Il arrache à l'oubli ces pages cruelles de notre histoire commune, européens et africains, et les assume dans sa vision chrétienne.

     Sa prière pour la paix commence par ces mots :

« Seigneur Jésus, [... ]
au pied de mon Afrique crucifiée depuis quatre cents ans et pourtant respirante,
laisse-moi Te dire, Seigneur, sa prière de paix et de pardon ».

     Il décrit ailleurs, je le cite : « L'Afrique depuis cinq siècles, comme le Christ, crucifiée par la traite des nègres et la colonisation, mais l'Afrique rédimée et par ses souffrances rachetant le monde, ressuscitant pour apporter sa contribution à la germination d'une civilisation pan-humaine ».

     Cette vision ne propose ni excuse ni récupération de la souffrance. Elle exprime une découverte puissante et forte : rien, pas même l'abîme du malheur, ne peut arracher à l'homme son humanité ; cette humanité donne valeur même au pire que des hommes peuvent subir.

     Ainsi, il invite le continent africain à trouver dans ce passé humilié la source non de sa révolte mais de sa fierté ; et à découvrir comment ce peuple « crucifié » a appris la dignité humaine dans l'épreuve de sa négation.

     L'esclave n'est plus aliéné quand il découvre mieux que le maître où est la dignité et où est l'amour.

     L'esclave peut alors enseigner à son maître le chemin de la liberté qui sera leur commune découverte.

     Saint Paul nous rappelle que dans le Christ « il n'y a plus ni esclave ni homme libre ». C’est ce que Senghor contemple dans les dernières lignes de l’Élégie pour Martin Luther King :

« Je chante avec mon frère
La Négritude debout, une main blanche dans sa main vivante !…
Je chante […] un paradis de paix 
».


IL N EST RIEN DE PLUS A AJOUTER

sinon que la soirée hommage à cet humanisme chantre du dialogue des cultures etait une belle réussite hier soir

 

un magnifique plaidoyer pour comprendre définitivement qu'aucune grande culture n'est sortie d'une autarcie intellectuelle ou d'un ethnocentrisme exacerbé

 

 

10:33 Écrit par suzy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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