21/09/2012

lit 17

je n ose pas m engager dans cette chambre

 

 

 

je ne veux pas croire que tu sois devenu juste 'le lit 17"

toi, qui m as tant appris

toi, avec qui j ai tant partagé...

 

l infirmière me précède, et insiste pour que je rentre

puis elle s eclipse

nous sommes encore trois

 

toi , la chienne et moi

la chienne rôde

tu es tout fragile dans ce lit

ton minois je peux le tenir dans une main

on ne voit plus que tes yeux, démesurés

dans ce squelette tendu de peau

 

tu souris en me voyant

un rictus entre surprise et souffrance

il y a un journal deplié sur ton ventre

 

 

je me sens indecente

je rentre dans plus qu une intimité

et toi,

tu restes noble

tu demandes de mes nouvelles

 

alors je caresse ton bras

famélique

à la peau tendre comme

du beurre

 

je me sens inadequate

je depose dans ton frigo

des crèmes au chocolat

je te le dis furtivement

 

et tu me reponds

evanescent que tu vas essayer

de les manger

 

je caresse ta main bleuie

tu essaies de me parler

mais tu es si faible

alors je te dis que je t aime

tu me reponds là, avec un vrai sourire

""je sais"

nous sommes vrais, sans artifices

aucun

 

je te regarde

je te dis que tu es beau

oui je pense que tu l'es

vraiment

beau comme un paysage

qu on voit passer dans un train

et qui devient juste un trait

 

je me souviens de ce gnou

tout seul

du vol de predateurs qui tournaient

en rond

au dessus de sa tête

dans la plaine du masai mara

 

le guide nous a dit

il va mourir

les vautours  attendent

 

ainsi sommes nous

éphémères et vaniteux

jusqu'à la bêtise

 

ainsi sommes nous

habillés de nos oripeaux de chair

ainsi sommes nous

beaux

quand nous sommes arrivés

à destination

que nous lâchons prise

et que nos âmes prennent leur place,

que l emballage n est rien

 

je te regarde

pars sur la pointe des pieds

c est si intense

que partie de ce triste hopital

, tu me poursuis encore dans les rues

 

 

 

 

 

19:48 Écrit par suzy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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