30/09/2012

chronique d une fin annoncée

Samedi soir, la veille de l'accident, nous avons reçu des amis
Ce soir là tu t'es levé de ton fauteuil de conférencier plus lourdement que de coutume, tu as réajusté tes lunettes de stakhanoviste dans la poche gauche de ton veston et remis en place ton carnet d'adresses dans la poche gauche, tu as passé dans ta barbe une main préalablement laquée et tu m'as vaguement  cherchée du regard-j'étais dans la cuisine-alors comme à ton habitude tu as embrayé sur une discussion politique -question de plomber l'atmosphère-  je suis revenue, triste de ce scenario répétitif que- je- t'avais- demandé-- maintes- fois- d'éviter -
j'ai glissé des heures sur des fragments de phrases, les gestes sémaphoriques de tes bras m'ont aidée : ils ponctuaient ta pensée: ainsi malgré la chaleur, malgré les plats refroidis, tu as diffusé, étalé , propagé la connaissance sur nos têtes insondables comme un couteau beurré sur une belle tartine
 . Point de durée pour ceux qui n'écoutent que leur ennui. J'ai réussi à capter ton attention en faisant un grand geste désordonné
"ma femme a horreur que je parle politique pendant les diners"
J'ai attrapé tes mots au vol, fais un sourire contrit. Toi tu t'es dandiné avec l'air hébété des boxeurs qui recoivent un coup dans l'estomac devant la blonde sulfureuse à ta droite. J'ai ramassé les cadavres de bouteilles de vin- je ne bois pas- même un extra lucide n'aurait pu détecter  dans ma voix interieure la celebre note hystérique de la femme jalouse

Je te surveillais de la fenêtre de la cuisine, tu reservais de la boisson avec ton amabilité sur commande, ton hypocrisie mondaine

alors, j'ai longé le mur et suis allée m'allonger dans la chambre à coucher.....


Demain dimanche, plus que nous deux et le néant

21:00 Écrit par suzy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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