14/10/2012

je suis une multinalionanostalgique

j ai mué, changé de peau, comme un reptile, en arrivant ici

le cheveu noir corbeau me singularisait, alors je suis devenue blonde.... en reniement, en décalcomanie, en transparence caméléonne

 

mais ce soir, en sortant de ce cinéma de quartier où j ai vu "GUSTO", j ai vibré comme un violon marocain

le film est simple et très émouvant : un groupe de musiciens juifs et arabes racontent leur histoire musicale et la guerre d ALGERIE qui les a separés. Sur la fin de leur vie, une jeune réalisatrice a eu la riche idée de les réunir pour leurs derniers concerts en france.

juifs et arabes en un mot : sémites avec des religions très semblables et surtout une même musique andalouse ayant rythmé toute une epoque et réuni ces hommes pendant toutes leurs fêtes dans les chants "chaabi" que nous connaissons tous, nous qui sommes magrébins

le houd, le khanoun, la flûte, le kamanza, la derbouka, le piano et tous ces instruments qui ont bercé ma jeunesse avec leur cortège d odeurs de mechoui, de miel degoulinant, de musc et de jasmin

tout cela m est revenu en ecoutant ces hommes vieillisants mûs par l amour de la musique, par la passion de la kahla

je me suis souvenue que nous parlions français, arabe et espagnol, mais surtout que nous parlions le même langage, celui de la fête

FARIDA et moi avons passé ensemble notre jeunesse nous souciant  de nos religions comme d une cerise

nos grandmères cuisinaient les mêmes petits plats épicés et nous étions élevées dans la même chaleur, le même esprit d hospitalité où le mot "marhaba"(bienvenue) voulait dire quelque chose; nous avions le même terreau culturel andalou

 

et ce soir , en sortant du cinéma, j ai eu la très triste impression d être porteuse d une culture finissante et je me suis demandé pour la nième fois, pourquoi nous ne pouvions plus vivre ensemble

pourquoi nous n avons pu rester à l ecart de la "civilisation"

fini le temps qui s arrête là où commencent les autoroutes

on peut changer la couleur de ses cheveux, mais l âme reste andalouse en profondeur

je me suis souvenue aussi de nos grandmères si semblables qui portaient le foulard traditionnel, ce foulard n existait pas pour souligner la difference, mais juste pour le respect des traditions

la musique nous a réunis quand les rois catholiques ont brûlé nos livres et nous ont boutés hors d espagne et ce soir, je suis là, avec un espagnol

selon l orchestre cette musique -la même_ s appelait judéo espagnole ou arabo andalouse, soit bonnet blanc, blanc bonnet

bon voilà moi je suis une multinationale et je vous quitte pour aller voter

 

12:16 Écrit par suzy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |