26/03/2013

feuillets de corde et temps de glace: le tps qui reste

il est quatre heures du matin

elle le sent, elle ne va pas se rendormir

 

c est le printemps dans ce satané pays, il a encore neigé..

hier soir , elle a mal tiré les occultants , ainsi,  elle peut encore  apercevoir, par l interstice, un petit bout de ciel de nuit, livide, où se detache le squelette d un arbre nu, comme un presage..

 

elle enfonce sa tête dans l oreiller de plumes, relève ses couvertures et caresse automatiquement son corps nu, lui aussi comme cet arbre qui refuse de bourgeonner en ce faux printemps, son corps enfoncé définitivement dans un  hiver létal

 

la peau est encore tannée par le soleil des iles et douce, son corps , elle le connait parfaitement, c est un sac de coutures

elle le connait si l on peut dire, sous toutes ses coutures

le ventre est un peu replet et doux, elle arrive au pubis qu elle a voulu glabre, le caresse doucement jusqu' à la béance qui libère des arômes celestes, enivrants de vie

elle jette un autre coup d oeil dehors où se remettent à tomber des flocons anesthesiants de volupté sur ses blessures qui ne se refermeront jamais

bientôt des pluies de l au delà du monde, des pluies venimeuses viendront ruisseler à travers un azur dément sur l étendue malade de son esprit

 

le medecin lui a affirmé : "un mois, maximum"...

lle sait, donc.

 

elle continue de se parcourir doucement sous  la chaleur bienfaisante de son édredon

 

le temps qui reste, elle va l occuper à transformer ce mécanisme branlant en sensations divines, en fulgurances

 

demain elle appellera M, il ne saura rien de son drame

il continuera à l aimer, à la célébrer , à transformer ce corps de douleur en mane de plaisir

 

alors, elle oubliera, elle l aimera aussi comme on aime un alchimiste, elle aimera aussi ce corps à l histoire impitoyable

elle se dira, pour se rassurer que DIEU existe,  qu il y a des ailleurs plus cléments

pensera tout bas "DIEU je ne dis pas que tu n es pas, je dis juste que je ne suis plus"

le denouement sentira la chair à plein nez

il sentira la fête, la celebration rayonnante de la complémentarité entre le souffle ultime de la chair et la respiration haletante de la pensée

 

un jour, un jour à la fois

 

laissez moi la resurrection de la chair, l esprit se libère à l approche de l inéluctable

 

le temps qu il me reste

je veux l arracher definitivement au vertus rassurantes de la raison, mourir folle comme j ai vecu

le temps qu il me reste se comptera en caresses, en tango des peaux

 

elle pense à deux phrases si similaires et si opposées

"je compte les jours"

"mes jours sont comptés"

 

elle sourit

 

le jour se lève

 

 

 

 

 

 

 

 

08:33 Écrit par suzy | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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